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  • Qui a écrit pour… La guitare ?

    Qui a écrit pour… La guitare ?

    Mettre en lumière
    celles qui composent

    Compositrix s’engage à révéler et valoriser le travail des compositrices d’hier et d’aujourd’hui, trop souvent restées dans l’ombre.

    À travers une série d’articles, nous vous invitons à explorer leur univers en mettant à l’honneur différents instruments. Pour ouvrir cette collection, nous avons choisi la guitare — un instrument aux mille voix, porté par des créatrices inspirantes.

    Nous vous souhaitons une belle découverte au fil de ces huit portraits et de ces histoires musicales.


    Emilia Giuliani-Guglielmi (1813 – 1850)


    Emilia Giuliani-Guglielmi

    Véritable virtuose de la guitare, Emilia Giuliani est une compositrice et guitariste italienne du XIXe siècle, et la fille du célèbre Mauro Giuliani, l’un des grands maîtres de la guitare romantique.

    À vingt et un ans, elle épouse le compositeur et chanteur Luigi Guglielmi, mais continue néanmoins à développer sa carrière prolifique, entre publications et concerts.

    Louée pour ses qualités d’interprète telles que sa virtuosité, sa précision et sa douceur, elle connaît ses premiers succès en scène dès douze ans, et partagera même un concert à Vienne en 1939 avec Liszt, auquel certains critiques n’hésitent pas à la comparer !

    Nos œuvres coup de coeur

    Préludes 2 et 3

    6 Préludes, Op. 46 – 1840


    Catharina Pratten (1824 – 1895)


    Catharina Pratten

    Catharina Josepha Pratten, aussi appelée Madame Sydney Pratten, est une guitariste virtuose allemande, compositrice et pédagogue, établie à Londres.

    Dès l’âge de huit ans, elle entreprend des tournées en Europe aux côtés de son père et se produit notamment au King’s Theatre de Londres à seulement neuf ans.

    Son catalogue de plus de 250 œuvres, principalement pour guitare seule ou guitare et voix, mêle pièces de concert et œuvres pédagogiques. Professeure de renom, elle fonde sa propre école de guitare et compte parmi ses élèves la princesse Louise, fille de la reine Victoria.

    Notre œuvre coup de coeur

    Forgotten

    Impromptu pour guitare


    Maria Rita Brondi (1889 – 1941)


    Maria Rita Brondi

    Maria Rita Brondi est une guitariste classique, luthiste, chanteuse et compositrice italienne, ainsi qu’une chercheuse et historiographe.

    Formée auprès de Luigi Mozzani et de Francisco Tárrega, qui saluera la délicatesse de son toucher et la justesse de son expression, elle mène une brillante carrière de concertiste, reconnue pour sa grande virtuosité. Durant la Première Guerre mondiale, elle donne plus de 500 concerts dans les hôpitaux militaires.

    Elle publie en 1926 “Il liuto e la chitarra. Ricerche storiche sulla loro origine e sul loro sviluppo”, un ouvrage de référence salué par les spécialistes et admiré plus tard par des artistes comme Julian Bream.

    Notre œuvre coup de coeur

    Melodia del Sannio


    Ida Presti (1924 – 1967)


    Ida Presti

    Ida Presti est une guitariste, compositrice et pédagogue française, reconnue comme l’une des grandes figures de la guitare classique du XXᵉ siècle.

    Enfant prodige, elle commence sa carrière de concertiste à 9 ans et se produit rapidement sur les grandes scènes; elle est d’ailleurs dédicataire de plusieurs œuvres, dont la “Sarabande” de Francis Poulenc. Avec son mari Alexandre Lagoya, elle forme un duo de guitares de renommée internationale.

    Ayant écrit exclusivement pour son instrument, elle laisse un répertoire raffiné, riche en couleurs et à la virtuosité singulière.

    Notre œuvre coup de coeur

    Danse rythmique

    1959


    María Luisa Anido (1907 – 1996)


    María Luisa Anido

    María Luisa Anido, guitariste, compositrice et pédagogue argentine, commence la guitare à l’âge de cinq ans.

    Mimita, de son surnom, devient rapidement l’élève de Domingo Prat, disciple de Tárrega. Elle donne son premier récital à 11 ans au “Argentina Hall ” de Buenos Aires, avant d’entamer une carrière internationale qui la mène en Europe, au Japon et en Russie, où sa technique exceptionnelle et sa musicalité raffinée sont largement saluées.

    Professeure à “l’Instituto Superior de Arte de Cuba”, elle est également récipiendaire d’un prix honoris causa de l’Université de La Havane et du “Platinum Konex Award ”.

    Notre œuvre coup de coeur

    Aire Norteño


    Sofia Gubaidulina (1931-2025)


    Sofia Gubaidulina – © David Carreño Hansen

    Sofia Asgatovna Gubaidulina, compositrice et pianiste soviétique puis russe, est née à Tchistopol (RSSA tatare) et s’est installée en Allemagne après son exil en 1991.

    Formée au piano, elle se consacre à la composition et laisse un catalogue d’une centaine d’œuvres couvrant la symphonie, le concerto, la musique de chambre, la scène et le cinéma, passant d’une pratique à l’autre en fonction des contraintes imposées par le régime politique.

    Elle devient connue à l’international suite à la création de son concerto pour violon “Offertorium”, interprété par Guidon Kremer, puis collabore avec de nombreux artistes de premier plan jusqu’à la fin de sa vie.

    Notre œuvre coup de coeur

    Serenade

    1969


    Chen Yi (1953)


    Chen Yi – © Kuandi Photos

    Chen Yi est une compositrice américaine née en Chine. Son œuvre, largement diffusée, couvre aussi bien le répertoire orchestral que la musique de chambre, chorale et pianistique.

    Elle commence l’étude du piano et du violon à 3 ans, et est la piemière femme chinoise à être diplômée d’un Master of Arts au Conservatoire central de Pékin. Aussi diplômée de l’Université Columbia, elle a été distinguée par de nombreux prix, dont une bourse Guggenheim et le Charles Ives Living Prize.

    Elle enseigne aux États-Unis depuis 1986 et mène une carrière internationale nourrie par sa double culture.

    Notre œuvre coup de coeur

    Shuo Chang

    2014


    Laura Snowden (1989)


    Laura Snowden – © Laura Snowden’s website

    Laura Snowden est une guitariste classique et compositrice franco-britannique, lauréate de plusieurs prix et concours internationaux et soutenue par le Julian Bream Trust.

    Elle s’impose comme l’une des figures majeures de sa génération, notamment après avoir été choisie par Julian Bream pour prolonger son engagement en faveur de la création contemporaine, en interprétant des œuvres de compositeurs tels que Julian Anderson et Olli Mustonen.

    Compositrice primée, ses œuvres sont non seulement commandées et interprétées à l’international, mais aussi diffusées sur des médias de référence tels que la BBC.

    Notre œuvre coup de coeur

    The strange world of spiders

    de l’album This Changing Sky – 2019



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    Retrouvez toutes nos œuvres coup de cœur sur la playlist YouTube Compositrix intitulée WORKS FOR GUITAR by Women Composers !

  • Interview : Fanny Libert

    Interview : Fanny Libert

    En septembre 2025, Amélie Georges et Juliette Recasens ont eu la chance de rencontrer Fanny Libert chez elle et de lui poser quelques questions sur ses pratiques liées à la composition. Fanny Libert est une des compositrices programmées lors du Musique Femmes Festival 2025.

    Fanny Libert – © Amélie Georges

    Le Collectif Medusa lui a en effet commandé un cycle de mélodies. L’œuvre, qui sert de fil rouge au récital « in my room », est articulée autour de la figure d’Emily Dickinson (1830-1886), poétesse américaine ayant vécu en réclusion totale pendant les vingt dernières années de sa vie. Ayant effectué une sélection dans ses poèmes et textes épistolaires, la pièce abordera les thèmes de la folie, de la solitude et de l’enfermement.

    Pour en revenir à notre interview, après avoir fait connaissance sur sa terrasse, une pluie torrentielle nous a forcées à nous abriter. Elle nous reçoit dans son salon, richement décoré de tableaux colorés.


    INTERVIEW


    Le souvenir d’un premier désir de composer ?

    Avant les cours, les formations, il y a l’enfance, le piano chez nous et mon père compositeur. J’ai eu comme beaucoup d’enfants le réflexe d’aller vers l’instrument et d’improviser. Et finalement, entre la composition et l’improvisation, le chemin est limpide, faire des choix et fixer des idées. J’ai commencé ce processus en retenant par cœur mes premières compositions puis mon père les notait. Par la suite, souhaitant avancer dans ce domaine, j’ai suivi des cours de piano, d’écriture puis de composition. L’élan de chercher des sons, d’en préférer certains et de les organiser, tout cela appartient d’abord à l’enfance.

    Ton parcours ?

    J’ai suivi des cours à l’Académie d’Etterbeek avec une professeure de piano elle-même compositrice et improvisatrice, Paula Defresne. Nous prenions du temps pour regarder mes pièces, j’ai eu mes premiers retours sur mes compositions. Par la suite, au Conservatoire de Bruxelles, j’ai suivi les cours du pianiste Boyan Vodenitcharov, également compositeur. Il m’a soutenue, autant dans l’apprentissage du piano que dans mon désir de composer et j’ai ainsi pu suivre un double-cursus. Je me suis inscrite chez Claude Ledoux en composition au Conservatoire de Mons. Chacun m’apportait des réflexions différentes sur la musique et cela me permettait de trouver un bel équilibre tout au long du cursus. J’ai réussi à jongler avec les matières en gardant plusieurs projets en parallèle. A certains moments, je me suis davantage consacrée au piano, à d’autres sur la composition tout en prenant des libertés avec mes professeurs, afin de m’organiser au mieux avec le temps.

    Peux-tu nous parler
    de belles expériences passées ?

    On peut avoir de belles expériences dans plusieurs étapes de la création, autant dans le plaisir de l’écriture solitaire que dans les répétitions avec les interprètes ou les concerts. Il y a de nombreuses phases dans le processus de création de l’œuvre. Finalement, les moments les plus forts sont peut être, pour moi, quand nous parvenons à un échange profond avec les instrumentistes et que je peux découvrir avec elles et eux qu’on peut se surpasser ensemble. La sensation de découverte est vraiment importante, que ce soit dans la solitude ou bien dans les échanges mais quand il y a un plaisir partagé, cela donne du sens aussi à la pratique. Les liens, les amitiés musicales donnent des expériences très épanouissantes.

    Interprètes-tu certaines de tes pièces ?

    Peu en fait, alors qu’enfant c’était uniquement le cas !
    Quand il s’agit de pièces pour piano, je les joue mais j’écris surtout pour d’autres instruments. Ce serait organiser le temps différemment que d’écrire pour moi, mais j’aimerais beaucoup le faire car je joue moins et ça me manque ! J’ai déjà joué dans une pièce de musique de chambre, toutefois je trouve cela très délicat d’avoir les deux casquettes car jouer tout en ayant une écoute globale, le recul nécessaire pour entendre et réagir, pour modifier l’écriture tout en étant soi-même dans le jeu, alors qu’il s’agit d’un équilibre sonore différent… Tout cela est compliqué à gérer.

    Le piano a t-il un impact sur tes compositions ?

    Oui. Je pense que tout ce qui passe dans le corps a un impact sur la pensée musicale. J’essaie de rentrer dans la pensée instrumentale des instruments pour lesquels j’écris. Ça m’arrive de me dire – « Ah, là je pense clavier! ».
    Je pense malgré tout que cela amène des choses intéressantes de penser à la manière d’un claviériste pour des instruments qui ne le sont pas.
    Mieux on connaît l’instrument pour lequel on écrit et plus on a un rapport physique avec celui-ci, plus la musique qu’on écrit est naturelle et confortable à jouer.

    Peux-tu nous parler de tes influences ?
    De ta rencontre avec l’électronique ?

    L’électronique, en terme d’outils, permet énormément mais ça peut sembler aussi déroutant car on a une possibilité infinie. Cela génère plein d’envie, c’est ça qui est génial. J’était contente d’être avec Quentin (Meurisse) pour comprendre l’aspect pratique mais c’est clair que ça amène ailleurs et permet de penser l’écriture instrumentale différemment, quand on pense électronique et transformation du son. Puisque le rapport au son évolue, on essaie de fondre les deux (sons électroniques et sons acoustiques), de rendre les barrières plus poreuses. C’est un monde en tant que tel.

    Comment tu te situes-tu
    parmi tous ces courants ?

    J’essaie de faire abstraction des catégories, bien souvent trop « séparées » les unes les autres, de ne pas mettre le focus sur quelle langue je parle mais de me demander ce que je veux dire, alors la langue devient un outil, l’esthétique découle de ce que je veux dire. Toutefois, c’est presque des parasites mentaux de « s’entendre sonner comme …» !

    Peux-tu nous parler de tes influences littéraires, artistiques ?

    La littérature principalement. Toute forme d’art ou de vie est un terrain fertile à l’imagination, quelque chose me marque et donne un élan. Je ne me sens pas influencée par un courant spécifique.

    Une œuvre dans toute l’histoire de la musique ?

    Je ne sais pas répondre !

    Que cherches-tu à transmettre
    à travers tes œuvres ?

    Je recherche dans des zones qui sont très intimes, ces espaces là me donnent envie de créer mais la part de ce qui est transmis et de comment c’est transmis est un facteur difficile à contrôler. Souvent, il arrive que les gens me parlent des choses différentes de ce que j’y ai vu…

    Ce qui importe c’est : pourquoi les choses me touchent ? Et le matériel qui permet cette transmission, c’est le son, mais il n’y a pas de message spécifique.

    Selon toi, quels sont les enjeux esthétiques
    de la musique actuelle ?

    C’est une période où les choses se fondent et se lient, entre autre du fait de la musique électronique et du fait de compositeurs et compositrices qui viennent d’univers très différents. Cela se voit dans les classes de composition, on peut venir d’univers très éloignés, techno, punk, informatique, métal… Les esthétiques se brouillent du fait de ces rencontres, les pensées, les publics (parfois) se croisent, c’est confondant !

    Quels seraient tes conseils
    à de jeunes musicien.ne.s ?

    En terme de méthode, ça dépend fort du projet sur lequel je travaille, il y a aussi des choses qui sont de notre ressort est d’autres non (temps de répétition, lieu de concert, investissement des personnes pour qui on écrit). Selon les pièces que j’écris, les méthodes sont complètement différentes. Il y en a qui sont très « dans le corps », dans le jeu instrumental et d’autres davantage liées à des pensées abstraites et par conséquent à l’origine d’un travail de table et de réflexion. La méthode varie fort, mais ce qui aide, c’est d’ancrer le pourquoi.

    Finalement il y a un aller-retour entre – Qu’est ce que je cherche dans cette pièce ? -et le développement musical, qui parfois s’en écarte (et c’est aussi très chouette d’être déroutée dans cet aller-retour, entre le laisser-aller du son, et la réflexion). Quand je suis que dans la matière sonore, il y a un moment donné où j’ai le vertige, il y a une crise de sens et cet aller-retour est rassurant.

    Te présentes-tu comme une compositrice ?

    Oui, c’est mon métier principal, même s’il y a toujours la nécessité de jongler avec les métiers de l’éducation pour vivre !

    Tes modèles ?

    On voit à quel point la vie des compositrices du XIXe siècle est marquée par une réalité complexe. Mais ce qui m’a profondément marquée, dans cette idée de « modèles », vient d’un reportage Arte sur les femmes dans la musique électronique. A l’époque où on voit l’apparition des synthétiseurs modulaires, on voit ces créatrices dans un champ de liberté immense. Elles disent : là, nous n’avons pas de professeurs ou d’hommes qui nous disent quoi faire. Finalement, elles explorent ! Il y a une puissance qui en sort et qui est très inspirante.

    (Virginia) Woolf parle de ça dans l’écriture – Est-ce qu’il y aurait une forme littéraire différente, dans un rapport au temps par exemple, une forme plus féminine?

    Elle dit qu’elle ne se retrouve pas dans le roman ou dans la poésie, pour elle, il s’agit de formes d’hommes. Dans son livre Une chambre à soi, elle dit également, en citant un critique : « J’ai vu une pièce de femmes, c’est mignon c’est presque bien fait mais on dirait un chien qui se met debout sur deux pattes et qui essaie de jouer à l’humain et elle dit c’est choquant bien évidemment mais d’un certaine manière, oui elle joue à l’homme. »

    Elle explore cette démarche de trouver une forme à elle, sa forme artistique et je trouve qu’il y a aussi cet aspect là dans ce documentaire. Il ne faut pas seulement être élève et rentrer dans un cadre essentiellement masculin parce que tous nos professeurs sont des hommes et que tous nos jurys sont des hommes.

    Est-ce qu’être femme a un impact
    sur ton travail ?

    On me contacte beaucoup en me disant « On cherche des jeunes compositrices ». J’essaie de ne pas me laisser envahir par ces pensées, mais évidemment c’est une question qui est là de manière sous-jacente. Il est important de chercher l’équilibre et de rétablir une balance. Toutefois… Ce qui serait bien, c’est que quand un programmateur vous contacte ou bien un instrumentiste, de commencer par dire « j’aime bien ta musique et c’est pour ça que je te contacte » et pas seulement je cherche une compositrice, là on se sent un peu…

    A ton avis, il y a davantage d’étudiantes
    en composition aujourd’hui ?

    Entre aujourd’hui et quand je suis entrée dans la classe de composition, j’ai la sensation qu’il y a plus de femmes. J’ai eu des échos de profs qui m’ont dit que pendant des années, il n’y avait que des hommes et eux aussi remettaient en question dans leur apprentissage, se demandant si ce n’était pas un réflexe d’homme de dire telle remarque, serait-ce une vision masculine? Etc.

    D’ailleurs, un de mes professeurs sentait qu’il communiquait plus facilement avec les étudiants hommes car le monde de référence était le même. Ça le surprenait aussi. Il y a davantage de visibilité et une attention à la parité comme des évènements qui leurs sont consacrés.

    Dans l’enseignement je n’ai eu que des hommes, professeurs et jurys. Tous les référents et de qui j’attendais de la valorisation étaient des hommes. Au point de me demander si je valoriserais autant les retours d’une femme.

    Quel message proposerais-tu
    aux jeunes générations de compositrices?

    Prendre des libertés, sortir de la case d’élève, s’autoriser à sortir de cette case, se souvenir de ce qu’on veut faire – soi.

    Peux-tu nous dire quelques mots
    sur la pièce qui sera jouée au MFF ?

    Il s’agit d’un cycle de pièces sur des poèmes d’Emily Dickinson composé pour le Collectif Medusa, Sonia Lardy et Quentin Meurisse. La première pièce reprend un poème avec des thématiques récurrentes chez Dickinson, l’éblouissement et l’éclipse. Elle (E. Dickinson) a eu un choc, elle a été éblouie et elle est restée enfermée chez elle toute habillée de blanc, ce clair-obscur m’a intéressée musicalement. C’est une pièce qui regroupe deux poèmes qui vont se croiser et explorer ces thématiques. La deuxième décrit une scène où elle a une pierre, un bijou dans les mains, et la pierre disparait, elle en veut à ses doigts ! Ce sont de très beaux petits poèmes et des pièces ludiques et interactives entre les deux interprètes.


    Découvrir l’interview sur Youtube

    Montage – Juliette Recasens.

  • Interview : Yagling VS Chestopal ou les deux victoires!

    Interview : Yagling VS Chestopal ou les deux victoires!

    Yagling VS Chestopal ou les deux victoires!

    Pourriez-vous nous décrire l’environnement dans lequel Victoria Yagling a grandi ?  Comment a-t-elle rencontré la musique et la composition ? 

    Ma mère, Victoria Yagling, est née en 1946 juste après la guerre. Son prénom est lié à la fin de la guerre, puisqu’il signifie “victoire”. À ce moment-là, les conditions de vie à Moscou étaient très difficiles, sa famille vivait avec le strict nécessaire. L’après-guerre a continué pendant une décennie avant qu’on ne puisse vivre à peu près correctement (c’était toujours les années de Staline). 

    Son père, Boris Yagling, était un écrivain et un journaliste très brillant.  Il est mort jeune, en 1948. Ce fut comme une explosion pour ma grand-mère. Elle s’est remariée quelques années plus tard avec le poète Ilya Frenkel. L’enfance de Victoria a fortement été bercée par le milieu artistique et littéraire. La famille a côtoyé des personnalités extraordinaires. 

    Ma grand-mère faisait partie du monde scientifique, puisque géologue. Tout en étant très artiste ! Elle créait des sculptures en bois et elle peignait. C’était une nature très riche. Victoria a composé dès l’âge de cinq ans. Son premier morceau avait un titre assez extraordinaire « L’Ours ivre ». Toute la famille est allée dans un village près d’Odessa pour les vacances d’été, où les villageois s’adonnaient souvent à des passions bachiques. Les enfants voient tout cela! Un sujet tiré d’une observation finalement. L’Ours ivre était écrit pour violoncelle solo, il me semble, car c’était son premier instrument. Elle aimait tellement le violoncelle. Ceci dit, elle était aussi une excellente pianiste. 

    La question même s’est posée pour elle d’entrer au conservatoire, en tant que violoncelliste ou pianiste. Mais comme elle est entrée chez Rostropovitch vers quatorze ans, le violoncelle a pris la première place. 

    Elle a passé onze ans dans sa classe. En tant que compositrice, elle a eu plusieurs professeurs, dont Kabalevski et Khrennikov (Khrennikov était président de l’union des compositeurs soviétiques).

    Comment la composition est-elle devenue une vocation ? 

    C’était un processus simultané à la pratique instrumentale. Elle était très forte dans les matières théoriques, l’harmonie, l’analyse. 

    (Victor Chestopal :) Je suis né quand ma mère avait 29 ans, elle avait déjà un immense bagage musical. Or, quand j’ai atteint l’âge de lire des ouvrages théoriques, elle n’aimait plus particulièrement échanger sur ces sujets. Tout était tellement limpide pour elle. Il faut voir l’orchestration de ses concertos pour violoncelle par exemple, c’est une orchestration très classique, avec des fantaisies, bien évidemment, mais qui puise ses racines dans le traité de Rimski-Korsakov, les combinaisons de timbres, les utilisations des différents groupes de l’orchestre, etc. 

    Elle a eu, très jeune, des influences bien prononcées : Ravel, Scriabine, Chopin, entre autres. J’ai des préludes écrits par elle (qui ne sont pas encore publiés) à l’âge de quinze ans, où l’on distingue déjà son visage en tant que compositrice. Il y a peu qui provienne de quelqu’un d’autre. Jusqu’à la fin de sa vie, elle a gardé un langage assez conservateur par rapport à ses contemporains. Elle n’aimait pas la musique de « bruits ». Son héritage est très grand, la matière musicale n’est jamais remplacée par des innovations, c’est un langage très humain. 

    Avez-vous pu échanger avec votre mère sur les « enjeux » de la création ? Vous poète, elle compositrice ? 

    Je dois avouer avec douleur qu’elle a sacrifié pour moi beaucoup d’années de son activité en tant que compositrice. La raison est simple, la présence d’une autre musique (mes études pianistiques) était un facteur qui privait ma mère du silence intérieur indispensable à la création.  Je savais dès l’âge de cinq ans que je deviendrai pianiste, il n’y avait même pas de question là-dessus, c’était très naturel. Ma mère pensait à notre futur duo, on a joué pendant plus de vingt ans ensemble. La qualité de notre dialogue et de notre compréhension mutuelle était extrêmement profonde. 

    Son répertoire en tant qu’interprète était très important, je me souviens qu’elle jouait souvent plusieurs concertos au cours d’une tournée (concertos de Dvorak, Saint-Saëns, Haydn, les variations Rococo de Tchaïkovski).

    Elle débordait d’énergie, en tant qu’être humain, d’un point de vue artistique et pédagogique. 

    On peut diviser sa vie en trois périodes créatrices. La période de jeunesse, la période de maturité et la dernière période, en Finlande. Entre la deuxième et la troisième période, il y a eu une étape de silence de douze ans, pendant laquelle elle disait : « Peut-être que je n’écrirai plus ». En Finlande, où elle enseignait en tant que professeure de violoncelle à l’Académie Sibelius d’Helsinki, elle a recommencé à composer. 

    Ce fut une période très féconde de quatorze ans où elle a, entre autres, écrit la 4ème sonate pour violoncelle, le concerto-symphonie (3ème concerto) pour violoncelle, et beaucoup d’œuvres pour le piano, dont les quatre sonatines, les Journaux de printemps, d’été et d’automne, etc. Il y a eu aussi les deux cycles de Préludes Lyriques (pour orchestre à cordes). Victoria a mis de nombreux poèmes en musique, , notamment ceux tirés des poèmes d’Akhmatova et de Tarkovski. Notre famille a également été très proche de la famille d’Arseni Tarkovski. 

    Avait-elle des ouvrages de référence ? 

    En ce qui concerne les ouvrages théoriques, si elle avait un doute, elle ouvrait quelques livres qu’elle aimait. Sinon elle ne montrait pas énormément d’affection pour les ouvrages musicologiques. Voyez-vous, la musicologie soviétique était fort politisée et il y a eu tellement de banalités que cela a peut-être provoqué chez elle une réaction allergique… 

    Est-ce que vous pourriez nous décrire comment elle se mettait à composer ? 

    Elle devait être seule, moi je ne devais pas déranger, ce que je faisais trop souvent… Dans sa dernière période, elle adorait Helsinki. Lorsqu’elle se promenait, ou parfois dans un café, si elle avait une nouvelle idée, elle prenait un petit stylo et écrivait l’essentiel, pour après le reprendre chez elle et le développer. Dans ces moments, son regard s’éloignait comme si elle n’était plus présente…

    Elle composait souvent au piano et était extrêmement consciencieuse quant à l’écriture, très calligraphique si on peut dire. Elle écrivait un brouillon, puis la première version, et la deuxième version, quasiment parfaite. Elle travaillait directement avec la magnifique maison d’édition Fennica Gehrman en Finlande, celle-ci faisait la version “gravée”. Il fallait faire des corrections, «proofreading », elle était très attentive à cela et active dans ses corrections. Parfois, de nombreux allers-retours étaient nécessaires, c’était tout un processus ; cela est répertorié à la Bibliothèque Nationale de la Finlande où ses archives se trouvent désormais. Ici, j’ai quelques manuscrits, dont certains où il est inscrit « à ne pas publier ».  

    Hors-champ

    Victor nous présente quelques partitions de sa mère : 

    – Il y a trois concertos pour violoncelle, beaucoup d’œuvres pour le piano (j’ai presque tout joué). Ça fait quand même trois récitals complets, presque cinq heures de musique. Là, il y a les mélodies publiées chez Fennica Gehrman. 

    Préparer les archives m’a pris au moins quatre ans. 

    Victor nous présente la première page d’une partition :

    –  Je faisais comme ça, voilà l’œuvre, et ici, j’écris un commentaire très détaillé. Là, c’est un Prélude Lyrique. Vous avez joué le Trio? S’adressant à Hasmik : –  Ici, c’est la suite pour orchestre symphonique, Finnish Notebook, pas encore jouée par un orchestre (j’ai cependant joué la version pour piano). 

    Le destin de Victoria Yagling, en tant que compositrice, a finalement été positif. Pour écrire, il faut avoir du temps et certaines conditions de vie, elle a eu des périodes pour écrire, c’est déjà un cadeau. Elle a été éditée et jouée. Victoria ne travaillait pas « par commande », elle écrivait uniquement ce qu’elle voulait écrire.

    Il y a beaucoup d’intérêt pour sa musique aujourd’hui. Notamment une violoncelliste allemande qui va enregistrer le concerto n°1. 

    Aviez-vous l’habitude d’échanger sur des travaux en cours ? 

    Elle me présentait ses manuscrits que je déchiffrais au piano, on discutait beaucoup. En ce qui concerne les œuvres pour piano, nous échangions sur l’articulation, les dynamiques, également sur les titres, les indications de tempo. On discutait de tout, même si mon influence était « minimissime ». 

    J’étais le premier à voir tout cela, ce qui m’a apporté énormément. C’était une grande école pour moi. Encore du café? 

    Entretien réalisé par Hasmik Urfalyan, Diego Morano et Juliette Recasens

  • Interview : Jacqueline Fontyn

    Interview : Jacqueline Fontyn

    Jacqueline Fontyn en 1964

    En septembre 2023, la compositrice Jacqueline Fontyn nous a accueillies en personne dans sa maison de Limelette. Elle nous a conduit dans son bureau, qui croule sous les livres et les papiers. C’est là qu’elle compose chaque jour, de 9h à 18h.

    Elle débute l’interview en commençant par poser les questions elle-même. Devant notre étonnement, elle s’exclame :

    -Connaissez-vous l’adage de Nicolas de Chamfort, de 1740 ?
    « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri.». J’ai réussi à vous faire rire, c’est donc un bon début !

    -Madame Fontyn…
    -Appelez-moi Jacqueline s’il-vous-plaît !
    -Pourriez-vous nous raconter votre parcours musical et cette rencontre précoce avec la composition ?
    -Je suis la plus jeune de la fratrie, et l’unique musicienne. Dès mes cinq ans, mes parents m’ont offert une heure de piano tous les jours, avec un professeur russe. Il m’a initié à l’improvisation, pour ainsi dire : à mes premières compositions. Il disait : « Allez, Jacques, maintenant tu improvises! » Lui continuait, transposait, et puis c’était à nouveau mon tour…

    À l’âge de six ans, j’ai écrit ma première petite composition pour le piano. Mon professeur l’a transcrite, une pièce un peu à la Boccherini !

    Cela a duré jusqu’à la guerre. Monsieur Bolotine était juif. Les nazis sont venus l’arrêter, il s’est donné la mort. C’était un excellent professeur. Je l’entends encore me dire – Allez Jacques, lève les doigts ! Cela m’a permis de donner mon premier récital à 9 ans. D’ailleurs, je présente le programme de ce concert dans le livre Jacqueline Fontyn, Nulla dies sine nota.


    -Durant votre carrière, avez-vous interprété vous-même certaines de vos pièces ?
    -J’ai interprété une pièce pour violon et piano quand j’étais jeune, c’était il y a très longtemps. À vingt ans j’ai décidé de ne plus faire de piano professionnellement, comme dit Valéry, « Un métier par homme suffit » (je me suis dit – par femme aussi), et j’ai choisi la composition !


    -Associez-vous Paris à l’expérience dodécaphonique ?
    -J’ai étudié à Paris ; on m’avait dit d’aller voir Nadia Boulanger. Son domestique m’a reçue en tenue. Après ce premier entretien, quelqu’un m’avait recommandé Max Deutsch. Or, chez Mme Boulanger, nous étions tous en cercle, et tout le monde disait – Oui.

    Doutez-vous bien que j’ai préféré Max Deutsch, ce vieil élève de Schoenberg, autrichien d’origine, qui m’a dit dès le premier rendez-vous : – Je vais vous plonger dans un bain de musique !
    J’ai abandonné le dodécaphonisme en 1989 mais j’en ai gardé quelques empreintes…


    -Comment concevez-vous le lien entre inspiration et travail ?
    -Cela ne fait qu’une seule et même chose ! J’ai toujours eu un carnet avec moi, dans lequel je prenais des notes dès qu’il me venait des idées
    (instrumentales, musicales). Et puis il y avait aussi quelques pages dédiées à la forme musicale. Dès lors que celle-ci était établie, je pouvais commencer mon morceau. Et travailler, travailler, parfois très longtemps, car ce n’est pas quelque chose qui s’improvise !


    -Avez-vous un environnement de travail particulier ?
    -Pas d’instrument à côté, c’est dérangeant. Le silence est nécessaire. Quand je m’installe à ma table, l’inspiration vient, en général. […] Par ailleurs, j’ai été à la Chapelle Musicale aussi, c’était merveilleux.

    -Donc vous composez à la table ?
    -Tout à fait et j’essaie au piano pour voir si ça sonne comme je veux ou non. Je compose tous les jours, plusieurs heures.


    -Vous laissez-vous influencer par certaines lectures musicales ou littéraires ?
    -Certaines lectures oui, quand je veux écrire des œuvres vocales. Sinon, il y avait les « commandes payantes » et les « demandes » de ceux qui avaient envie de jouer. La musique, si elle n’est pas jouée, n’existe pas, c’est donc ça le plus important. Les demandes, finalement… ? La musique, il faut l’écouter, pas seulement l’entendre. « Hören » ou « Zuhören » sont deux choses
    différentes !


    -Avez-vous des formations de prédilection ?
    -L’orchestre ! D’ailleurs à Paris, j’ai gagné le prix Arthur Honegger. C’était une pièce d’orchestre. J’hésitais à l’envoyer… Finalement, c’est le dernier morceau qui est arrivé. Quatre sites évoquent les quatre villages dont nous sommes entourés : Limelette, Court-Saint-Etienne, Louvain-la-neuve et Ottignies. Un jour j’ai reçu un coup de téléphone d’un musicien pour qui j’avais beaucoup d’admiration, Henri Dutilleux. Il m’a annoncé que j’avais eu le prix.

    -Est-ce que vous avez apprivoisé la page blanche, le doute, au cours de votre carrière ? Ou la problématique ne s’est peut-être pas posée ?
    -Dernièrement j’ai écrit un morceau dont je ne suis pas contente du tout et je l’ai flanqué au feu. Mais je n’en ai pas jeté tant que ça. Il y a évidemment des compositions dont je suis plus satisfaite que d’autres, comme tout le monde. Dutilleux était très sévère sur ses compositions. Il n’a finalement pas écrit beaucoup.

    -Auriez-vous des ouvrages, ou un conseil, pour les compositrices et les compositeurs d’aujourd’hui ?
    -Il faut beaucoup écouter de musique, faire son choix esthétique. Écouter les quatuors quand on veut en écrire, par exemple, c’est toujours intéressant.
    -Avez-vous connu des tournants esthétiques ?
    -En allant en Amérique, je me suis décidée à arrêter le dodécaphonisme.

    -En allant, c’est-à-dire dans l’avion ?
    -Dans l’avion même !

    -Pourriez-vous nous parler de l’enseignement de la composition ?
    -J’ai pris ma retraite à soixante ans, car j’étais souvent invitée à faire des « Master class », comme on dit joliment, et je devais m’absenter deux semaines ou plus. Pour mes élèves c’était compliqué. C’est une chose fort difficile d’enseigner la composition. Car on ne peut pas vouloir que l’élève écrive
    ça, ça ou ça. On peut dire : « ça n’est pas jouable », des choses plutôt techniques. Chacun doit pouvoir s’exprimer comme il veut. J’ai moi-même encore besoin de conseils d’instrumentistes pour pouvoir composer des choses un peu en dehors des sentiers battus.
    -Quand avez-vous arrêté de présenter vos œuvres à des professeurs ?
    -Vous savez, quand on a un certain âge, on a trouvé un certain style et ce qui nous appartient ! J’ai cessé il y bien longtemps…
    -Le sentiment de légitimité en tant que compositrice a donc été présent assez rapidement dans votre carrière ?
    -Oui, j’ai toujours décidé de ce que je voulais écrire. Les questions avec le professeur, quand j’étais jeune, étaient d’ordre technique.


    -Vous souvenez-vous de la part des femmes de vos classes au Conservatoire ?
    -Il y avait davantage d’hommes, oui, il faudrait que je regarde à nouveau… Quelques filles quand même !
    -Avez-vous ressenti des difficultés en tant que femme dans ce milieu ?
    -Je ne me suis jamais préoccupée de cela ! Quoique j’en ai entendu…
    Il y avait certainement quelques préjugés. Il y a toujours des choses étranges, on ne sait pas vraiment.
    Le mot « compositrice » n’existait pas encore, il appartient à ce siècle. Avant on disait uniquement « compositeur ». J’ai quand même eu plus de cinquante commandes, sans compter les demandes…
    -Portez-vous un intérêt à l’émancipation des femmes dans la sphère artistique ?

    -Hmm, je pense qu’il faut se considérer comme compositeur, peu importe le sexe. Un jour, lors d’un concours, j’ai présenté une de mes oeuvres, c’était en Allemagne. Que des hommes dans le jury. L’un d’eux m’a dit en allemand : « aber das is nicht schlecht für eine Frau ! (mais ce n’est pas mauvais pour une femme) » … J’ai un livre que vous connaissez peut-être : Jacqueline Fontyn, Nulla Dies sine nota.

    -Avez-vous quelque chose à ajouter ?
    -Si je peux me permettre ceci : Je me considère comme la meilleure compositrice de Limelette ! (rires)

    À la fin de l’entretien, Mme Fontyn nous offre sa biographie et quelques partitions de ses compositions, puis un délicieux jus de pommes « fait maison » (avec les pommes de son jardin). Le salon cache un piano à queue, couleur bois, sur lequel la partition des préludes et fugues de Bach domine le pupitre.
    La compositrice joue un peu de Bach tous les jours ; aujourd’hui le Prélude et Fugue en do mineur !

    Entretien réalisé par Juliette Recasens et Julie Rozé